Dans un pays de tous les temps

C’est problématique, cette histoire de calendrier maya.

Je vous explique. Chaque année, les anciens dieux mayas venaient vendre leur calendrier. Ça leur permettait de financer leur retraite. Ancien dieu, c’est pas facile tous les jours, faut bien trouver des moyens. Eux, c’était les calendriers. Ils passaient en fin d’année et on en prenait un à chaque fois. Il faut dire que chez les Mayas, les montagnes étaient considérées comme des divinités. Et quand t’as un pic andin qui essaie de te fourguer son calendrier, tu fais pas le malin, tu prends. Cette année, ils ont décidé de ne pas en vendre, je ne sais pas pourquoi. Alors bien sûr, c’est pas la fin du monde. Mais c’est embêtant, surtout pour moi qui n’ai jamais eu la notion du temps. J’ai un peu tendance à confondre six jours et plusieurs millions d’années.

C’est pas la fin du monde, mais il paraît que beaucoup d’entre vous y croient. Le Nouveau a décidé qu’il fallait informatiser le système d’admission, vu qu’à chaque fin du  monde c’est pareil, les arrivées doublent chez nous. Du coup, je reprends quelques semaines de vacances. Il aimerait que j’en profite pour faire de l’évangélisation. Enfin, il appelle ça capitaliser sur l’effet de crainte pour redynamiser notre customer base. Mais d’après lui, simplement jouer sur l’effet peur de la fin du monde pour attirer de nouveaux adhérents, ça ne suffira pas. Il pense que nous devons proposer des nouveautés. Cinq ans de Paradis offerts pour toute nouvelle adhésion, par exemple. Ou alors des miracles gratuits.

Je trouve ça complètement idiot, mais je lui ai dit que j’allais y réfléchir, ça me permet de prendre un peu de vacances en plus, six jours ou quelques millions d’années. Faut que je vous laisse, je dois préparer mes piolets, un copain mexicain veut que je passe prendre l’apéro.

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Santa Claus is coming to town

Je crois que je vais devoir remonter préparer l’anniversaire du Petit. Si on laisse faire le Nouveau, le connaissant, ça risque de nous coûter un bras.

Mais en attendant, pas mal de mondanités au programme cette semaine. Et, en vérité, je commence à me dire qu’il va y avoir pas mal de boulot pour redynamiser un peu l’affaire. J’ai déjà commencé une petite liste de gens à canoniser, j’attends de revoir St Tropez pour en parler, mais en cette saison, il n’est jamais bien fringant.

Aujourd’hui, donc, je profite que mon copain St Nicolas est de passage ici pour aller en tournée avec lui. Depuis des années, je sentais qu’il y mettait moins d’enthousiasme, qu’il partait travailler sans le sourire. Je crois que j’ai compris.

Il a commencé sa tournée, ce matin, il a chargé son âne de présents pour les enfants puis est passé prendre le père Fouettard à son autre travail, place Beauveau à Paris. Que de joie et de rires se dessinaient sur leurs visages émerveillés !

Enfin, au début. Le premier gosse à recevoir son paquet a fondu en larmes, parce qu’il n’y avait qu’une mandarine et trois cacahuètes, alors qu’il espérait une Kinect. Le Nouveau a bien essayé de proposer des solutions à ce problème, mais St Nicolas est intransigeant : on ne peut pas glisser de bulletin de versement dans les paquets destinés aux enfants.

Le suivant nous a menacés de procès pour atteinte à la laïcité si St Nicolas ne se rebaptisait pas immédiatement Nicolas tout court, mais ça faisait un peu trop politique, une association s’est créée pour réclamer que l’année prochaine, les cadeaux ne soient plus distribués par St Nicolas, mais par Nikos. Et comme le grand manteau rouge aussi, c’est un peu trop politique, des parents d’enfants voudraient qu’il s’habille en noir ou en fuchsia. Nous avons également eu droit à des insultes parce que nous offrions des produits exotiques plutôt que des articles locaux de qualité, comme le chou et la sardine à l’huile.
Enfin, des parents d’enfants nous ont menacés de procès si le père Fouettard approchait leurs têtes blondes à moins de 50 mètres, car ils préconisaient une méthode d’enseignement basée avant tout sur l’encouragement bien plus que sur la menace.

Mais en réalité, ce qui le rend le plus chafouin, St Nico, c’est de tout s’être fait piquer par ce capitaliste de père Noël, alors qu’en réalité, le père Noël, c’est lui même. Je sais pas si vous vous y connaissez en dédoublement de personnalités, c’est un truc bien plus en vogue En Haut que par chez vous, mais être en concurrence avec soi-même, c’est dur.

Cela dit, au niveau icônes vieillissantes, j’ai fait pire, encore, cette semaine. J’ai rencontré… mais non, pas Patrick Sabatier, voyons ! Sainte Barbe. C’était sa fête dimanche. Elle m’a invité à la rejoindre dans une mine, au Chili. Toujours très chic, les fêtes, avec elle,  je te jure. Enfin, y a toujours des feux d’artifice, ça, c’est chouette, mais c’est toujours très sombre et très humide, au point que je pensais qu’elle était de l’époque gothique. Mais elle rumine beaucoup, Ste Barbe, parce que plus personne ne donne son nom à ses enfants, et ça l’attriste beaucoup. Elle est un peu rasoir avec ça.

 

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Jesus doesn’t want me for a sunbeam

Je suis très inquiet.

Je sais ce que vous allez me dire. Le Petit a plus de 2000 ans, ça commence à devenir un âge respectable, je devrais le laisser un peu faire ses choix. Mais j’ai toujours été très paternel, je suis comme ça.

Et puis j’ai l’impression qu’il est un peu déboussolé depuis que je suis en visite en bas. Sinon, comment expliquer ses agissements actuels ? Je veux parler, évidemment, de sa manie d’apparaître n’importe où. Les premières fois, ça nous a bien fait rire. En ce moment, je trouve que ça vire au pathologique.

Aujourd’hui, quand le Petit fait une apparition, vos journaux les plus pointus y consacrent quelques lignes et le lendemain, c’est déjà oublié. Du coup, il est obligé de faire toujours pire pour se faire remarquer. Autrefois, c’était différent. Au Moyen-Âge, le Petit apparaissait dans une grotte, ça devenait un lieu de pèlerinage, de partout on accourait pour être touché par sa Grâce, très bien : c’était nettement plus efficace que les campagnes du genre « mangerbouger.fr » pour pousser les gens à faire du sport. Lourdes-St Jacques et retour sur les genoux, je peux te dire que ça vaut tous les régimes. D’ailleurs, on parlait très peu d’obésité, à l’époque. Bon, je dis ça, mais en réalité, l’obésité ne me dérange pas plus que ça. Nous, on préfère que les gens meurent d’une crise cardiaque ou d’un cancer que de démence sénile, sinon après, ils sont finis pour le ping-pong.

Bon mais du coup, je me demande si je devrais pas avoir une discussion avec le Petit. Je vous laisse, il me semble que je l’aperçois dans le gras de mon sandwich au jambon.

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I’m so happy ’cause today I’ve found my friends

Toujours pour mon étude sur les nouvelles formes d’idolâtrie, qui va m’être très utile, je l’espère, pour m’adapter à la demande et moderniser un peu la boutique, j’ai décidé de me rendre à un concert de Justin Bieber. Parce que l’adolescente hystérique d’aujourd’hui est la grenouille de bénitier de demain. Et je me dis que niveau sacrifice, ça vaut au moins les quatre clous du gamin. Et pourtant, musicalement, je suis blasé, hein. Les cantiques de Noël chantés par la chorale de Pompaples-Dessous accompagnée à la harpe, je connais bien, merci.

Note que c’est pas vraiment le même style. Il y a rarement des adolescentes qui s’évanouissent pendant les concerts de la chorale. Rarement des fanfics érotiques dont l’Amicale Lyrique du Bas-Vallon serait au centre.

Donc j’étais à un concert de Justin Bieber. C’était… Bon, j’avoue, j’ai triché, j’ai profité de mon absence d’enveloppe corporelle et de cette amusante capacité à être partout à la fois pour aller faire du surf à La Rochelle en même temps que j’assistais au concert. Mais c’était bien, très instructif. Sauf que son culte ne durera que deux ou trois ans et qu’il s’en ira, ensuite, rejoindre les Tokio Hotel au Purgatoire des has-been. Finalement, les seules stars dont la légende dure, c’est celles qui meurent jeunes. Et ça, pardon, mais c’est nous qui l’avions inventé.

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Santa Maradona

En vérité, je vous le dis, je m’ennuie un peu. Ne le prenez pas mal, hein, c’est gentil, chez vous mais, après avoir visité le Mont-Palatin et le petit Liré, j’ai un peu le mal du pays. Et le fait que mon pays ne soit pas un pays mais une représentation symbolique n’y change rien. Je sais pas, ça doit être parce que vous commencez sérieusement à préparer l’anniversaire du Petit (vous vous y prenez toujours plus tôt, non ?), ça me rappelle les collègues, les apéros, les tournois de ping-pong.

Seulement, quand je demande au Nouveau s’il peut me rendre mon Siège, maintenant, ça suffit les conneries, il me dit qu’il doit encore installer une dernière mise à jour, approuver les conditions d’utilisation et vérifier que tout marche, d’abord. A mon avis, il temporise.

Mais ne croyez pas que je me tourne les pouces, hein. Je pourrais : n’ayant pas d’enveloppe corporelle à proprement parler, je peux tourner n’importe quelle partie de mon corps, comme ça, hop. Je profite que je suis ici pour parfaire ma culture et me renseigner sur vos nouvelles formes de culte. J’ai, par exemple, loué le DVD d’un film-culte. Je n’ai pas tout compris à l’histoire, mais ça raconte, avec pas mal de détails, le processus reproductif humain. Très étrange.

J’ai aussi été à un concert de dEus. Je pensais que c’étaient des nouveaux collègues. En fait non.

Et surtout, j’ai été voir un match de foot. Au début, j’ai cru que, par erreur, j’avais transformé tout le monde en statue de sel. En fait, non. Saint-Etienne, à qui j’avais demandé de descendre pour m’expliquer un peu les subtilités du truc, m’a expliqué ma méprise : bêtement, j’assistais à un match de championnat suisse. Mais sinon, c’était très intéressant. Pas le match, faut pas exagérer, mais les ultras. Ces gens qui embarrassent un peu les clubs : on est bien content qu’ils paient leurs entrées et achètent des écharpes, mais tout de même, s’ils pouvaient être un peu moins cons, ça irait aussi. Chez nous, on a aussi des ultras : on appelle ça des intégristes. Du coup, ça m’a rappelé la maison. Mais y a quand même beaucoup plus de buts au ping-pong.

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The roof is on fire

Avant, j’étais très intransigeant en ce qui concerne la concurrence. Tu adorais d’autres dieux que moi, je me mettais immédiatement en colère. Je me souviens d’une anecdote désopilante à propos d’un veau d’or… enfin, vous retrouverez ça dans mon bouquin, qui est en vente dans toutes les bonnes librairies.

Mais je me suis un peu assoupli, depuis. La concurrence, c’est sain pour le commerce, ça permet aussi de voir comment font les autres, de s’inspirer. Et puis bon, ça fait plus de partenaires pour le ping-pong, aussi. C’est plus sympa, on se fait des soirées, des pics-nics, on s’échange des prophètes… Comme le dit souvent Thor dans son langage imagé, « on n’a pas le même maillot, mais on a la même passion ».

L’autre jour, justement, alors que j’avais décidé d’aller me ressourcer à Athènes (les Zeus m’en parlent tout le temps (on envisage même de racheter le pays prochainement pour en faire un grand parc d’attractions) et puis moi, j’aime bien tout ce qui est pope culture), j’ai reçu un appel sur mon auréole. C’était Mahomet. Coup de chance, d’ailleurs, qu’il ait pu m’atteindre, parce que depuis que le Nouveau m’a installé la mise à jour, elle est déchargée toutes les deux heures. Mais j’ai une super application pour la faire clignoter dans la nuit.

Enfin revenons-en à nos moutons. Mahomet m’appelle, il voulait me demander mon avis sur un truc :

- On vient de me proposer un job, rédacteur en chef d’un journal. »

- C’est bien payé ? »

- Tu ramènes toujours tout au fric, toi ! Bah j’ai demandé le tarif habituel, 40 vierges. »

- Ils ont accepté ? »

- Ouais, ils ont dit qu’ils trouveraient sûrement ça aux manifs contre la christianophobie. »

Bon, je vous refais pas tout le dialogue, mais en gros, il s’inquiétait un peu, rédacteur en chef d’un journal d’humour français, il était pas sûr de bien être capable. Je l’ai rassuré :

- Alors un rédacteur en chef, son boulot principal, c’est d’élever la voix quand les articles arrivent en retard. »

- Ah oui, je vois un peu, comme un genre de muezzin ? »

- Et l’humour français, ça consiste essentiellement à se moquer du physique des hommes politiques. »

Quand il a raccroché, il avait l’air très enthousiaste. Il est comme ça, toujours prompt à s’enflammer. J’espère que ça s’est bien passé, son histoire.

 

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It’s a kind of magic

Je viens d’avoir les collègues au bout de la prière. Ils sont très agités.

En bas, ils sont furieux. Ils en ont marre qu’on leur envoie les dictateurs complètement amochés. Si j’ai bien compris, ils essaient de faire une équipe de foot avec des dictateurs et ça les dérange de les recevoir en si mauvais état. J’ai promis de faire passer le message.

St-Pierre me tient un peu au courant de ce qui se passe en Haut, même si officiellement je suis en congé sabbatique. Il est dans tous ces états, le pauvre : il paraît que le Nouveau a annoncé une « keynote ». Personne ne sait trop de quoi il s’agit et les explications de St-Isidore et de St-Tropez n’ont pas réussi à convaincre St-Pierre qu’on n’en voulait pas à ses clés.

Pour le calmer, je lui ai proposé de me rejoindre, vu que je devais justement repasser dans sa basilique. J’ai réessayé d’aller voir mon pape. Mais une fois encore, un garde suisse m’a barré la route. Personne ne me connaît, c’est tout de même un monde. Celui-ci parlait français. Je lui ai demandé de me conduire à mon pape, il a refusé, je lui ai dit « Vous ne savez pas à qui vous avez affaire ! » Il ne savait pas, alors j’ai fait deux trois miracles, des trucs simples mais spectaculaires, que le Petit m’a appris. Multiplication des poissons, transformation de l’eau en vin (un Nero d’Avola très fruité, avec des senteurs marquées de sureau et de champignon), les basiques. Le type est tombé à genoux en tremblant, il a écarquillé les yeux et il a bafouillé : « Oh pardon, je ne vous avais pas reconnu, je vous croyais… enfin, j’ai toujours été un très grand fan, Monsieur Garcimore. »

De fil en aiguille, je n’ai toujours pas rencontré mon pape. Mais je donne des petits spectacles de magie tous les soirs. Ça marche plutôt bien, et ça tombe bien parce que je ne sais faire apparaître que les pluies d’or. Les Euros, impossible, je n’y arrive pas. Du coup, depuis que j’ai pris forme humaine, je me nourris de pain et de poissons, ça lasse.

 

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